La peinture ivoirienne

Premiers ateliers et enseignement artistique

La peinture de chevalet arrive tardivement dans un pays où la création plastique passait par le masque, la statuette et le textile. Les premiers peintres formés dans les années 1950 et 1960 travaillent surtout dans un registre figuratif et documentaire, scènes de marché, portraits, paysages de lagune. L'ouverture d'une école des beaux-arts à Abidjan, puis la création de l'Institut national supérieur des arts et de l'action culturelle, donnent au milieu une formation structurée et un vivier d'artistes.

Mouvement vohou-vohou

Au début des années 1980, des étudiants de l'école des beaux-arts d'Abidjan renoncent aux fournitures importées, devenues inaccessibles, et se tournent vers les matières disponibles autour d'eux. Ils peignent sur du tapa, écorce battue, sur de la toile de jute, avec des teintures végétales, du sable, du raphia et des objets récupérés. Le nom vohou-vohou, emprunté au gouro, signifie à peu près n'importe quoi, moquerie retournée en manifeste. Deux expositions simultanées à Paris et à Abidjan, en 1985, font connaître le groupe, réuni autour de Youssouf Bath, Théodore Koudougnon, Kra N'Guessan et Yacouba Touré.

Frédéric Bruly Bouabré

Né en 1923 à Zéprégühé et mort en 2014, Frédéric Bruly Bouabré occupe une position à part. Après une vision qu'il situe en 1948, il consacre sa vie à consigner le monde, invente un alphabet syllabique bété de plusieurs centaines de signes et dessine au crayon de couleur et au stylo à bille des milliers de petits cartons cernés d'un texte. Son entrée dans l'exposition Magiciens de la Terre, au Centre Pompidou en 1989, lui ouvre les collections internationales.

Génération contemporaine

La scène actuelle est l'une des plus actives d'Afrique de l'Ouest. Aboudia peint des toiles saturées de figures d'enfants des rues et de graffitis, nourries des combats de 2011 à Abidjan, et compte parmi les artistes africains les plus recherchés aux enchères. Armand Boua travaille l'acrylique et le goudron sur carton, Ouattara Watts, installé à New York, mêle signes cosmologiques et matériaux hétérogènes, Jems Robert Koko Bi sculpte le bois brûlé. Laetitia Ky utilise ses propres cheveux comme matériau sculptural et diffuse son travail par les réseaux sociaux.

Galeries, musées et marché

Abidjan compte désormais des galeries privées de niveau international, dont la galerie Cécile Fakhoury, ouverte en 2012, ainsi que des espaces publics comme la Rotonde des arts. Le musée des civilisations de Côte d'Ivoire conserve les collections historiques de masques et d'objets rituels. Foires et résidences d'artistes se sont multipliées, portées par une clientèle locale nouvelle et par l'intérêt des collectionneurs étrangers pour la création ouest-africaine.