Avant l'écrit, la transmission littéraire passe par les conteurs, les griots des sociétés mandé et les récits de cour des royaumes akan. Contes animaliers autour de l'araignée, épopées, devinettes et proverbes forment un répertoire encore vivant, qui a nourri les premiers auteurs publiés. La légende d'Abla Pokou, reine sacrifiant son fils pour faire traverser la Comoé à son peuple, a été reprise par plusieurs générations d'écrivains ivoiriens.
Né à Assinie en 1916 et mort à Abidjan en 2019, Bernard Dadié occupe une place fondatrice. Poète, dramaturge, romancier et collecteur de contes, il publie Légendes africaines, Climbié en 1956 et Un Nègre à Paris en 1959, récit ironique du regard africain porté sur la métropole. Ministre de la Culture de son pays entre 1977 et 1986, il a formé l'horizon de référence de ceux qui l'ont suivi. Aké Loba, avec Kocoumbo, l'étudiant noir, et Jean-Marie Adiaffi, couronné par le Grand prix littéraire d'Afrique noire pour La Carte d'identité, appartiennent à la même vague.
Ahmadou Kourouma, né à Boundiali en 1927 et mort en 2003, transforme la langue du roman francophone en la travaillant depuis le malinké. Les Soleils des indépendances, refusé en France avant de paraître à Montréal en 1968, ouvre une œuvre brève et dense. Monnè, outrages et défis, En attendant le vote des bêtes sauvages puis Allah n'est pas obligé, distingué par le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens en 2000, installent une satire du pouvoir postcolonial devenue classique. Un prix littéraire portant son nom est décerné chaque année au Salon du livre de Genève.
Véronique Tadjo, poète et romancière, revisite le mythe fondateur dans Reine Pokou et a reçu le prix Ahmadou Kourouma en 2025. Tanella Boni mène de front la philosophie et la poésie. Gauz, de son vrai nom Armand Patrick Gbaka-Brédé, s'est fait connaître avec Debout-payé, chronique d'un vigile ivoirien à Paris, puis avec Camarade Papa. Fatou Keïta, Isaïe Biton Koulibaly et Josué Guébo complètent un paysage où la poésie, le théâtre et la littérature de jeunesse tiennent une place importante.
Abidjan concentre les maisons d'édition du pays, dont les Nouvelles Éditions Ivoiriennes, Vallesse et Éburnie, qui publient aussi bien les manuels scolaires que la fiction. Le Salon international du livre d'Abidjan réunit chaque année éditeurs, auteurs et lecteurs, tandis que le prix Ivoire récompense un ouvrage africain d'expression francophone. Le lectorat reste contraint par le prix du livre importé, ce qui explique le poids de l'édition scolaire et l'essor récent de la lecture sur téléphone.